En septembre 1990, le val a brûlé pendant 5 jours. Après
l’incendie, les dons ont afflué et l’Association de Sauvegarde du
Val sans Retour a organisé la restauration des zones sinistrées. En
mémoire de ces évènements et pour rappeler la nécessité de la forêt
des légendes, l’artiste F.Davin a créé l’Arbre d’Or. C’est un
châtaignier doré à la feuille (90 grammes d’or le recouvrent),
entouré de cinq arbres noirs. Les arbres noirs symbolisent la forêt
brûlée et toutes les forêts détruites par négligence ou profit.
La Bretagne est un pays de légendes mais c'est au pays de
Brocéliande aussi appelé la forêt de Paimpont que l'on y découvre
toute la magie du monde celtique. Les visites organisées par le
Centre Arthurien permettent de connaître l’essentiel de
Brocéliande en une ou deux journées. Elles s’adressent à tous les
âges et tous les publics. Les visiteurs découvrent à la fois les
sites, Val sans Retour, fontaine de Barenton, château de Trécesson,
etc., et leurs légendes, mais aussi les cultures celtique et
médiévale et l’histoire de Brocéliande.
Brocéliande et la forêt de Paimpont
Berceau du fabuleux destin du roi Arthur, la forêt de Paimpont est une
terre de légendes et de mystères. Au château de Comper, la magie
enchantée du mois de mai vous enivrera et pour cause : c'est le
mois des fées. Le Centre Arthurien vous
transporte au Moyen-âge au travers des balades contées et
costumées, sur les traces illustres des Chevaliers de la Table
Ronde. Les groupes pourront même se défier via une mise en scène
de jeux légendaires. Gare aux coups de hallebardes et aux traits
perdus !
Sophie, du Centre Arthurien, raconte : « Outre les expositions
permanentes du château de Comper, des promenades racontent Merlin
ou le Petit Peuple de la forêt. Certaines formules incluent la
dégustation de cidre et de produits locaux. Les
visiteurs, grands ou petits, s'en retournent généralement ravis !
»
Château de Comper -02.97.22.79.96,
www.centre-arthurien-broceliande.com - juil.-août et sept. :
tlj sf merc. 10h-19h ; avr.-juin et de déb. Sept. à mi-oct. : tlj
sf mar. et merc. 10h-17h30 - fermé de mi-oct. à fin mars- 5€ (-10
ans gratuit)
Photos: Erwan
Le château de Trécesson : Entouré des eaux de son
étang, ce château construit en schiste rougeâtre à la fin du
XIVe siècle, a conservé son aspect médiéval. Un important
châtelet flanqué de tourelles en encorbellement en commande
l'entrée. Le château est privé et n'est pas visitable
Photo : Paul
Mentionnant le château de Trécesson, les anciens guides
n'étaient guère prolixes. De quelque couleur qu'ils étaient,
ils se bornaient à indiquer que Trécesson se trouve à trois
kilomètres de Campénéac, aux confins de l'Ille-et-Vilaine et
du Morbihan. On voulait bien parfois nous préciser que
l'édifice date du XV° siècle et qu'il est entouré d'un étang.
La réalité -si l'on peut ici utiliser ce mot- c'est que le
château semble sortir d'une légende celtique. Par beau temps
ses tourelles se reflètent dans le miroir parfait d'une onde
immobile. Mais quand le brouillard glisse doucement sur les
landes environnantes, la vaste bâtisse revêt une allure
irréelle qui évoque tous les sortilèges de la grande forêt
voisine: Brocéliande.
Aucun château de Bretagne ne parait mieux convenir à un
fantôme. Mais celui de Trécesson est une Dame. Et, pour être
précis, une Dame Blanche, comme il s'en trouve un
certain nombre en cette région de Haute Bretagne. Encore
convient-il de dire que cette Dame Blanche ne hante pas le
château lui-même, mais ces environs immédiats. L'histoire qui
suit nous apportera quelques éléments d'explication.
Il y a longtemps déjà de cela, à une époque qu'on situe vers
le début du XVIII° siècle, un braconnier de la région était en
train de poser ses collets dans les landes avoisinant le
château, lorsqu'il entendit dans la nuit, le bruit d'un
chariot tiré par des cheveux. Il se plaqua contre le sol et
vit bientôt, illuminé par les rayons de la pleine lune, non
pas un chariot, mais un carrosse tiré par cinq chevaux noirs.
Le lourd véhicule dépassa de quelques mètres la porte d'entrée
du château et s'immobilisa.
Plusieurs jeunes gens vêtus de manteaux sombres et coiffés de
chapeaux à grandes plumes, en descendirent. Chacun d'entre eux
portait une pelle et une pioche. Suivait une jeune fille,
enveloppée d'une grande cape sous laquelle on pouvait
reconnaître une robe blanche de mariée. Son pas, lent et
résigné, trahissait une très grande lassitude.
Arrivés au milieu d'une prairie en contrebas, les jeunes gens
se mirent à creuser une fosse profonde; puis ils firent
basculer la jeune fille qu'ils recouvrirent immédiatement de
terre. Longtemps, ils s'appliquèrent à tasser l'emplacement de
la fosse pour supprimer toute trace de leur forfait; ils
ramassèrent leurs outils et regagnèrent le carrosse devant
l'entrée du château.
Le braconnier n'avait toujours pas bougé. Il vit le véhicule
démarrer et reprendre la route de Campénéac. Dès le lendemain
à l'aube, il se présenta au château et insista pour être reçu
immédiatement par le Seigneur, ce qui lui fut accordé. Il
rapporta alors fidèlement la scène dont il avait été le témoin
durant la nuit. Et son interlocuteur, d'abord sceptique, finit
par être convaincu de l'authenticité des faits.
Accompagné de quelques valets, le châtelain se rendit à
l'endroit indiqué et fit creuser le sol. Lorsque enfin on
aperçut une forme humaine, la malheureuse jeune fille vivait
encore. Elle se redressa même, mais retomba aussitôt: elle
était morte...
On ne sut jamais qui était la jeune épousée ainsi enterrée
vive près du château de Trécesson. Mais certains laissèrent
entendre qu'il s'agissait d'une fille noble de la région et
que ses meurtriers étaient ses propres frères, furieux d'un
mariage contracté contre leur gré.
Voilà pourquoi, depuis deux siècles au moins, on voit
régulièrement apparaître aux abords du château de Trécesson,
une Dame Blanche
Le Hêtre du Ponthus
Un arbre
magnifique, dur à trouver car il n'y a aucune indication (près
de la Fontaine de Barenton). Néanmoins, à l'arrivée quel
spectacle, si grand si vénérable. Majestueux ! Plus de 300 ans
qu'il se tient fièrement au milieu de conifères. Arbre de
légende au plus profond de la forêt de Paimpont, planté par le
chevalier Ponthus pour célébrer sa victoire face à l'ennemi,
sur les ruines d'un château.
Un hêtre à la
place du château
Au
plus profond de la forêt de Brocéliande, le hêtre de Ponthus s'est
élevé sur les vestiges d'un château détruit, jadis, par Dieu
lui-même. En ces temps-là, le chevalier de Ponthus désespérait de
ne point avoir de progéniture. “Il me faut un enfant, qu'il
vienne du diable ou de Dieu !”, s'écria-t-il du haut de la
plus haute des tours de son château. Dieu fit la sourde oreille.
Mais le diable était tout ouïe.
Le
Malin prit le chevalier au mot : neuf mois plus tard, à la faveur
d'une éclipse de lune, la châtelaine accouchait d'un petit monstre
velu. A peine sorti du ventre de sa mère, le petit diable sauta
sur le haut d'une énorme armoire puis se blottit sous un buffet.
“Sinistre présage !” prophétisa la sage-femme avant de
s'enfuir à toutes enjambées.
En ces temps là, il fit grand vent. La tempête venait de l'océan.
Elle épargna la forêt, mais détruisit le château qui, emporté par
une bourrasque, s'écroula sur ses occupants. Le souffle de
l'apocalypse avait renversé les remparts pour laisser place à un
magnifique hêtre qui domine toujours les hauteurs de Brocéliande.
La dame blanche de Trécesson
Cela se passait aux environ de 1750, par une nuit d'automne, un
braconnier était embusqué dans le parc du château et y guettait sa
proie, quand il crut entendre un bruit lointain. Craignant d'être
découvert, il cacha précipitamment son fusil et grimpa sur un arbre.
A peine y était-il établi qu'il aperçut, à l'extrémité de la grande
allée du parc, une voiture attelée de chevaux noirs et suivie de
plusieurs domestiques qui portaient des torches allumées. L'équipage
s'avançait lentement et presque sans bruit, aucune voix
n'interrompait le silence de la nuit, qui n'était troublé que par le
pas mesuré des chevaux et par le froissement des roues sur les
branchages et les feuilles desséchées. Cet étrange cortège s'arrêta
à quelques pas du braconnier, qui vit bientôt, à la lueur des
torches, plusieurs hommes munis de bêches et de pioches, s'avancer
de son côté et se mettre à creuser une fosse précisément au pied de
l'arbre sur lequel il se trouvait. Au même instant deux
gentilshommes, dont le rang élevé s'annonçait par l'élégance et la
recherche de leur costume, sortirent de la voiture et firent
descendre avec violence une jeune femme richement parée. Elle
portait une robe de soie blanche, sa tête était couronnée de fleurs,
un bouquet ornait son sein, tout indiquait une jeune fiancée qu'on
va conduire à l'autel, mais sa chevelure était en désordre et ses
yeux pleins de larmes, ses joues pâles, ses gestes suppliants
annonçaient assez qu'elle était en proie à l'épouvante. Traînée
plutôt que soutenue par ses conducteurs, quelquefois elle se
débarrassait de leurs bras, se précipitait à leurs pieds, embrassait
leurs genoux,les appelait ses frères et ses amis, et les suppliait
en sanglotant de ne pas lui arracher la vie. Ce fut en vain, ses
persécuteurs demeurèrent froids et inflexibles devant ses
supplications désespérées, et loin de paraître ému, l'un deux la
repoussa brutalement.
Mes frères, mes amis, oh! je vous en supplie, ne me faites pas
de mal. -Vos frères! non Madame, nous ne le sommes plus, vous avez
cessé d'appartenir à la famille que vous déshonorez. -Au nom du
ciel! ne me tuez pas. Faut-il donc mourir si jeune! Au moment
d'atteindre au bonheur! Ah ! que la mort est affreuse. -Il faut
pourtant vous y résigner, Madame, les pleurs sont inutiles, votre
heure est venue, vous allez mourir.
La fosse était creusée, les cavaliers firent signe à leurs
gens, qui s'emparèrent de la jeune dame. L'infortunée se débattit
longtemps dans les bras de ses bourreaux, mais malgré ses efforts
désespérés, malgré ses supplications et ses larmes, elle fut jetée
dans la fosse qu'on recouvrit précipitamment de terre pour étouffer
ses derniers gémissements, puis les deux seigneurs remontèrent dans
la voiture, l'équipage s'éloigna au grand trot des chevaux, et
quelque moment après, le parc de Trécesson avait repris son
obscurité, son calme et son silence.
Pendant cette scène affreuse, le braconnier, le coeur serré par
l'effroi, avait à peine pu respirer. Lorsque la voiture eut disparu,
lorsqu'il eut cessé d'entendre le pas rapide et cadencé des chevaux
qui l'entraînaient, il se décida à descendre de son arbre, mais,
plein de trouble et d'épouvante, il ne songea pas à écarter la terre
qui étouffait la malheureuse femme qu'on venait d'assassiner sous
ses yeux. ll courut en toute hâte chez lui, où il raconta, tout
éperdu, à sa femme, le crime dont il avait été le témoin. Celle-ci
fit de vifs reproches à son mari et l'accusa de lâcheté.
L'entraînant ensuite, elle voulut aller dans le parc pour ouvrir la
fosse, mais une réflexion terrible lui vint: si elle et son mari
allaient être surpris auprès d'un cadavre à peine froid, ne leur
imputerait-on pas le crime affreux qui venait d'être commis? Cette
crainte l'arrêta, elle jugea qu'il n'y avait rien de mieux à faire
que de se rendre auprès de M. de Trécesson et de lui raconter ce qui
s'était passé. Le braconnier et sa femme, introduits chez leur
seigneur, purent à peine, tant ils éprouvaient de crainte, lui faire
le récit du crime qui venait d'être commis sur ses terres. Aussitôt
que M. de Trécesson eut compris de quoi il s'agissait, il se hâta de
faire appeler tous les gens de sa maison et de leur donner l'ordre
le plus pressant de se rendre au lieu indiqué, où lui-même les
suivit bientôt. Cependant ces démarches, ces préparatifs avaient
emporté le temps. Le jour était prêt à paraître lorsqu'on pu
commencer à enlever la terre qui recouvrait la fosse. Tous les
regards, dirigés sur le même point, annonçaient l'anxiété des
acteurs de cette scène, l'espérance et la crainte, l'attendrissement
et l'horreur se succédaient. Enfin, lorsque le visage de la jeune
dame parut à découvert, celle-ci ouvrit doucement les yeux, poussa
un long soupir et ses yeux se refermèrent pour toujours.
M. de Trécesson fut profondément affligé de cet événement. ll lui fit
rendre les honneurs funèbres avec une pompe digne du rang qu'elle
paraissait avoir occupé dans le monde. Par la suite, il fit de
nombreuses démarches pour découvrir les assassins, mais toutes ces
recherches furent inutiles, on ne pu savoir ni le nom de cette jeune
dame qui avait disparu d'une si étrange manière, ni la cause du sort
cruel qu'on lui avait fait subir, et cet évènement extraordinaire et
toujours resté enveloppé, d'impénétrables ténèbres. Cependant, le
souvenir s'en est transmis jusqu'à nous par des signes certains, M.
de Trécesson avait solennellement déposé dans la chapelle du château
la robe nuptiale, le bouquet et la couronne de fleurs de la jeune et
malheureuse fiancée qui restèrent sur l'autel, exposés à tous les
regards, jusqu'à l'époque de la Révolution.
Dans des temps lointains et fabuleux, un seigneur du nom de
Dymas aurait fait bâtir ce château sur les rives du lac de Comper.
C'est là que serait née sa fille Viviane, douce de pouvoirs
surnaturels, la future Dame du lac. Dans un château enchanté que
Merlin lui a construit au fond du lac. elle recueillit et éleva le
futur Lancelot du lac.
Après le départ du chevalier pour la cour du roi Arthur, elle
retrouva l'Enchanteur Merlin qu'elle garda captif dans les "neuf
cercles enchantés" qui le retiennent encore prisonnier sous les
ombrages de Brocéliande.
Le Tombeau de Merlin
LES FÉES
EN HAUTE BRETAGNE
(D'après un article paru en 1886)
En Haute Bretagne, on parle très souvent des fées. Outre les
légendes nombreuses qu'on raconte à leur sujet, plusieurs
proverbes où elles figurent sont restés dans la conversation
courante ; on dit : « Blanc comme le linge des fées » pour
désigner du linge d'une blancheur éclatante ; « Belle comme une
fée » pour exprimer une beauté surhumaine.
Elles se nomment généralement Fées, parfois Fêtes, nom plus voisin
que fée du latin fata ; on dit une Fête et un Fête ; de Fête
dérive vraisemblablement Fuito ou Faitaud, qui est le nom que
portent les pères, les maris ou les enfants des fées (Saint-Cast).
Vers Saint Briac (Ille-et-Vilaine), on les appelle parfois des
Fions ; ce terme, qui s'applique aux deux sexes, semble aussi
désigner les lutins espiègles.
Vers le Mené, dans les cantons de Collinée et de Moncontour, on
les appelles des Margot la Fée, ou ma commère Margot, ou bien la
bonne femme Margot. Sur les côtes, on les désigne assez souvent
sous le nom de bonnes dames ou de nos bonnes mères les fées ; en
général on parle d'elles avec certains égards.
Les fées étaient de belles personnes. Il y en avait toutefois des
vieilles qui paraissaient avoir plusieurs centaines d'années ;
quelques-unes avaient les dents longues comme la main, ou leur dos
était couvert de plantes marines, de moules ou de vignots ; c'est
une manière de désigner leur ancienneté. A Saint-Cast on dit
qu'elles étaient habillées de toile, sans que j'aie pu obtenir des
détails plus précis ; dans l'intérieur on est plus affirmatif, et
voici la déposition textuelle qui m'a été faite, en 1880 : « Elles
étaient faites comme des créatures humaines ; leurs habits
n'avaient point de coutures, et on ne savait lesquels étaient des
hommes, lesquelles étaient des femmes. Quand on les apercevait de
loin, elles paraissaient vêtues des habits les plus beaux et les
plus brillants. Quand on s'approchait, ces belles couleurs
disparaissaient ; mais il leur restait sur la tête une espèce de
bonnet en forme de couronne, qui paraissait faire partie de leur
personne. » (Conté par François Mallet du Gouray, laboureur)
Sur la côte, on prétend que les fées appartenaient à une race
maudite, et qu'elles avaient été condamnées à rester sur la terre
pendant un certain temps. Vers le Mené, canton de Collinée, les
anciens disaient que lors de la révolte des anges, ceux qui
étaient restés dans le paradis se divisèrent en deux : les uns
prirent parti pour le bon Dieu ; les autres restèrent neutres. Ces
derniers furent envoyés sur la terre pour un temps, et ce sont ces
anges à moitié déchus qui étaient les fées. Un conte recueilli à
Saint-Suliac par Mme de Cerny raconte que la fée du Bec du Puy fut
exorcisée par le curé de Saint-Suliac. On ne vit rien ; mais on
entendit un cri de douleur (Saint-Suliac et ses légendes).
En général on croit que les fées ont existé, mais qu'elles ont
disparu à des époques qui varient suivant les pays. Dans
l'intérieur, vers le Mené, d'après ce que j'ai entendu
personnellement, depuis plus d'un siècle il n'en existerait plus.
Il en est de même aux environs d'Ercé (Ille-et-Vilaine).
Sur la côte, où l'on croit fermement que les fées ont habité les
houles ou grottes des falaises, l'opinion générale est qu'elles
ont disparu au commencement du siècle. Nombre de personnes, âgées
aujourd'hui d'une soixantaine d'années, ont entendu raconter à
leurs pères ou à leurs grands-pères qu'ils avaient vu les fées.
Jusqu'à présent, j'ai rencontré une seule personne qui croyait à
leur existence contemporaine : c'était une ancienne couturière de
Saint-Cast ; elle en avait si peur que, lorsqu'elle allait coudre
dans les fermes, elle faisait un grand détour pour éviter de
passer à la nuit close auprès d'un champ qu'on nomme dans le pays
le Couvent des Fées.
Les fées ont disparu depuis que l'on sonne l'Angélus et qu'on
chante le Credo ; mais par la suite des temps la religion
s'éteindra, on ne chantera plus le Credo, on ne sonnera plus l'Angélus,
et les fées reviendront. Les anciens disaient avoir entendu dire à
leurs anciens à eux qu'il y en avait eu jusqu'à une certaine
époque. Alors elles avaient disparu ; mais au bout d'un certain
temps elles devaient revenir. Elles sont toutes parties la même
nuit ; elles reviendront aussi la même nuit. J'ai retrouvé la même
croyance, avec plus de précision, vers Ercé-près-Liffré
(Ille-et-Vilaine).
Les fées reviendront le siècle prochain, parce que les chiffres du
prochain siècle est un chiffre impair. Le siècle invisible,
c'est-à-dire celui où on ne voit pas les esprits : on les reverra
dans le prochain.
La légende des deux sonneurs noirs
Article extrait de Musique Bretonne -
Histoire des sonneurs de tradition aux éditions 'Le chasse-marée
Armen'
ls étaient deux sonneurs, bons
garçons, honnêtes gens, pas méchants, un peu ivrognes, mais pas
méchants pour un sou.
Ils avaient sonné à tour de noces qu'ils en étaient à confondre
les cortèges des fils avec ceux de leurs pères.
L'un fêtait son 'bombard', l'autre son biniou. Un soir, nos deux sonneurs s'étaient endormis dans le fossé
qui borde la route de Quimper.
Un convoi de gardes passa, à la recherche de deux voleurs... On
pendit donc nos deux sonneurs, haut et court, à la place des
voleurs.
Le lendemain, des passants effrayés, annoncèrent à tout le monde
ce qui venait d'arriver aux deux sonneurs que tout le monde
aimait.
A cette époque, (vers 1700??), une fièvre maligne régnait et
emportait tous ceux qu'en étaient atteints. On remarqua que ceux
qui supportaient l'odeur des deux pendus et allaient dire des
prières pour le repos de leurs âmes, étaient guéris. Et on vint en pèlerinage de partout, auprès des deux
sonneurs. Puis on les enterra dans un fossé du champ, là où
s'élevait les potences.
Les pèlerins plantèrent des croix en bois et
y laissèrent chapelets et sous. Car, en vérité, les sonneurs
étaient innocents et, là-haut, ils sont saints. A la fin du 20ème
siècle, la coutume est encore vivante.
Vers 1980, la 'tombe' a été remise en état par la commune de
Pont-l'Abbé.
En 1985, la rue voisine fut baptisée Ar Soner Du.
Les visites que reçoit la tombe se produisent en général le
mercredi et le vendredi. Les gens viennent y porter leurs reliques
et sont persuadés que par l'intermédiaire des sonneurs innocents,
ils obtiendront la guérison de certains membres de leur famille.
Vers 1990, on y a encore apporté un bouquet de mariée.
Les Sonerien Du, les anonymes 'Sonneurs noirs' sont sans
doute les plus anciens joueurs de biniou et de bombarde (ou de
cornemuse et de hautbois) encore présents dans la mémoire
populaire, et un célèbre groupe musical bigouden se charge de leur
rendre justice.
Marion du Faouët
Le XVIIIe siècle commence misérablement en Bretagne. A la famine
s'ajoute la fièvre chaude qui décime la population. Dans une
famille pauvre du Faouêt, naît le 6 mai 1717 un troisième enfant,
une fille comme on espérait. s'ouvre alors un chapitre hors du
commun de l'histoire de la Basse-Bretagne.
Un épisode digne des romans d'aventures, avec une jolie rousse
dans le rôle principal. Une brigande de grands chemins dont les
exploits feront trembler l'honnête bourgeois, frémir les petites
gens, et dont la vie s'achèvera sur la potence, un soir de mai
1755 à Quimper. De Vannes à la pointe du Finistère, son nom est
sur toutes les lèvres : Marie Tromel, dite Marion du Faouêt. c'est
probablement ici qu'Alain Barbetorte, vainqueur des Normands en
936, choisit de construire un donjon.
On raconte qu'à la naissance de la petite Marie, un chien aboya
longuement cette nuit-là. «Il jappe aux étoiles», expliqua le
père, Phélicien, en se versant une rasade de cidre. «ça veut dire
que ta fille fera de grandes choses», ajouta la Naïk qui faisait
office de sage-femme, «mais en mal car la lune n'est pas encore
levée». Certes, la matrone ne pouvait mieux dire.
Sur les pas du savetier
Phélicien Tromel est ouvrier agricole et loue ses bras à la
journée. Un état de vie proche de l'indigence. Gagner son pain est
au sens propre le moteur de son existence. Vivre !
Très tôt Marion prend conscience, à sa manière, de cette absolue
nécessité. A sept ans, elle chaparde aux étalages sur les marchés,
rançonne garçons et filles de son âge, détrousse déjà les
passants.
Néanmoins, c'est sur les routes que, quelques années plus tard,
elle va donner la pleine mesure de ses talents, à l'exemple d'un
savetier du pays reconverti dans le brigandage par la grâce du
sieur de la Fontenelle de triste mémoire.
Bonne chrétienne, pour sûr elle l'est la Marion, mais autoritaire
et rouée comme pas deux. Avec ses yeux gris, sa chevelure
flamboyante et son visage parsemé de taches de son, elle mène tout
le monde à la baguette. On la surnomme Finefont, ce qui signifie
fine et rusée.
Chef de bande
Le Véhut est un petit village proche de la chapelle Sainte-Barbe,
sur les bords de l'Ellée, à un kilomètre environ du Faouêt. c'est
là que, dans les premiers temps, la belle Marion va établir son
quartier général et exercer sa coupable industrie.
Le jour, de porte en porte elle vend avec sa mère de la mercerie,
soustrait au passage le gousset de quelque notable endimanché et
la nuit cherche fortune à la tête d'une armée de gredins sans
aveu.
Ils sont une douzaine à son service, corps et âmes dévoués. Tous
portent des sobriquets : le Corbeau, la Gargouille, le Renard...
Parmi eux se trouvent aussi ses frères, Joseph et Corentin. Aux
favoris du moment, elle accorde ses faveurs et fait la grâce de
partager sa couche. De ses amours passagères naîtront trois
enfants.
Dénuée de scrupules, Marion se comporte en véritable chef de
bande, malgré son incorrigible paresse. Une fois repérée, sa
victime est dépouillée par la meute au premier coup de sifflet.
Toutefois c'est à tort, semble-t-il, qu'elle sera accusée d'avoir
du sang sur les mains. A l'exception d'un pistolet dérobé, qu'elle
porte à la ceinture et dont elle ne fait jamais usage, son arme
préférée est le bâton. Elle en joue avec dextérité pour amener à
la raison les plus récalcitrants, y compris dans sa troupe pour
mater une éventuelle rébellion.
Mieux vaut ne pas enfreindre son règlement. Elle seule a le droit
de disposer du butin et d'en effectuer la répartition. Magnanime,
il lui arrive tout de même d'épargner les nantis de ce monde pour
les besoins de sa cause, à charge de revanche naturellement.
Un bout de ruban tient lieu de sauf-conduit au bénéficiaire pour
circuler à l'avenir librement.
Ripaille et libertinage
Vivre ! De cet impérieux besoin qui a marqué son enfance, Marion
entretient d'une certaine manière le souvenir. Mais le temps n'est
plus pour elle de partager avec les siens une maigre pitance. La
libertine fait à présent bombance avec ses prises, se réservant la
meilleure part. Et si d'aventure l'argent ou la bonne chère vient
à manquer, une expédition dans un poulailler ou sur un marché
voisin y pourvoit.
d'avoir trop souffert de la faim, la fille de Phélicien est
devenue en quelque sorte croqueuse de diamants. Aussi est-ce en
vain que la maréchaussée, une fois lancée à ses trousses,
cherchera quelque trésor de guerre enfoui. Marion n'amasse rien,
le produit de ses rapines est dilapidé au jour le jour.
Au demeurant, la maréchaussée n'est guère pressée de se mettre en
travers de son chemin. La belle a plus d'un tour dans son sac. Si
les représentants de l'ordre sont personnellement à l'abri de ses
représailles, du moins ont-ils tout à craindre pour les
plaignants. Un malheur est si vite arrivé par les temps qui
courent.
Fouettée et marquée au fer rouge
Hélas pour Marion toute chose a une fin. A peine a-t-elle touché
la trentaine que déjà le vent commence à tourner. Arrêtée avec
quatre de ses complices, elle comparaît devant les juges
d'Hennebont qui la condamnent à être fouettée et marquée au fer
rouge. La sentence sera exécutée à Rennes sur la place publique en
1746. Après quoi elle recouvre la liberté. Encore s'agit-il d'une
liberté relative puisqu'assortie d'une interdiction de séjour dans
son pays.
Photo : En prenant un bain dans l'étang de Priziac proche de chez
elle, Marion fit la connaissance d'un certain Henri Pezron, dit
Hangiven, qui devint le favori de son équipe. Ils scellèrent leur
pacte d'union en mélangeant leurs sangs devant la chapelle
Saint-Fiacre un jour de pardon.
Mais la brigande n'en a cure. Elle détient d'une bohémienne des
pouvoirs surnaturels. Bravant l'interdit, elle retourne donc au
Faouêt, comme si de rien n'était. Erreur fatale ! Car si elle peut
toujours compter sur la fidélité de ses compagnons, en haut lieu
ses protecteurs, soucieux de leur avenir, vont désormais lui
tourner le dos.
Se sentant suivie, enceinte une deuxième fois elle se réfugie dans
une maison d'Auray un soir de juin 1748. Informée de sa présence,
la maréchaussée la surprend en compagnie de sa fille et d'une
autre jeune femme.
Transportée dans une auberge voisine, on découvre sur elle huit
écus de six livres de provenance douteuse. Un seul lui est laissé
et elle accouche dans la nuit. écrouée à Vannes le lendemain, elle
saura toutefois trouver devant ses juges les mots qu'il faut pour
être aussitôt libérée.
Du cachot au gibet
Quatre nouvelles années vont s'écouler avant qu'elle ne retourne
en prison. A Carhaix d'abord, à Quimper ensuite. Mais ce bel
oiseau n'est pas du genre à vivre en cage. Elle s'en évade avec un
de ses comparses, dans la nuit du neuf au dix septembre 1752,
après avoir scié les barreaux de sa cellule. Puis elle repart à
l'aventure.
Cependant l'ombre du bras séculier de la Justice plane sur elle.
Marion se cache à Saint-Thois, Laz, Châteauneuf-du-Faou.
Finalement elle est arrêtée à Nantes comme vagabonde. c'est le
commencement de la fin.
Transférée à Quimper, la Finefont réintègre le cachot de la rue
Obscure. Une sorte de caveau aménagé dans le sous-sol d'une prison
construite à l'angle de la rue Verdelet.
17 mai 1755. Marion n'a plus que quelques heures à vivre.
Interrogée par le sénéchal de Silguy dans la Chambre criminelle
située au premier étage de la prison, elle nie tous les faits qui
lui sont reprochés. Une bonne vingtaine au total, sans compter
ceux dont le magistrat n'a pas connaissance. Dès lors, la sentence
est inévitable. Marie Tromel est condamnée à être pendue et
étranglée jusqu'à ce que mort s'ensuive. On la fait monter dans
une charrette pour la conduire aux lieux du supplice. Il est six
heures du soir. La foule se presse pour la voir. Elle est en
chemise et porte trois cordes autour du cou. Aucun signe de
compassion sur tous ces regards qui la dévisagent.
Puis, la potence se dresse devant elle. Le bourreau est là qui
attend, un nommé Jacques Gloaêr. Marion descend de la charrette.
Une cloche tinte au couvent voisin. Un frère Cordelier se
précipite, crucifix à la main, pour l'exhorter à la prière. Elle
ne l'entend pas. A-t-elle au moins quelque chose à dire ? Oui !
Elle se repent publiquement.
Tout est consommé ! Ne reste plus qu'un corps pantelant qui se
balance entre ciel et terre. Celui de Marion du Faouêt. Elle
venait d'avoir trente huit ans.
Ys, la cité engloutie
La légende de la ville d'Ys est un des plus
vieux mythes de la Bretagne, il remonte à une époque où le
christianisme n'était pas encore venu à bout du paganisme. Oyez
l'histoire du roi Gradlon, de sa fille Dahut, et de l'orgueilleuse
cité qui fut maudite puis engloutie.
En des temps fort reculés, régnait sur le royaume
de Cornouailles le roi Gradlon-Meur (Gradlon le Grand). Dans sa
jeunesse, il s'était surtout fait remarqué par ses nombreuses
conquêtes guerrières, qui lui avaient valu gloire et puissance. Et
c'est lors d'une guerre contre les pays nordiques qu'il rencontra
une belle princesse scandinave, qui passait pour être un peu
sorcière, mais qu'il résolut de prendre pour femme. Celle-ci lui
offrit un cheval, nommé Morvac'h, d'un noir flamboyant et au
regard de braise, qui n'avait pas son égal sur toute la Terre.
Après avoir séjourné quelques temps dans le Nord, le roi décida de
rejoindre son royaume de Cornouailles. Mais sa femme accoucha
d'une petite fille durant le voyage, et en mourut. L'enfant née
sur les eaux fut appelée Dahut, et elle devint fille de la mer,
car celle-ci avait marqué son empreinte définitive sur elle.
De retour en Cornouailles, Gradlon entreprit un long deuil, et
tout l'amour qu'il avait eu pour sa femme, il le prodigua à sa
fille. Dans un même temps, il commença un règne pacificateur où il
fut davantage occupé à répondre aux besoins de ses sujets. Sa
rencontre avec un ermite dans une forêt le fit convertir au
christianisme, et partout dans le pays s'élevèrent églises et
cathédrales. A celle de Quimper, il nomma Saint Corentin, homme de
bon conseil, qui l'assista dans son règne pieux. Il voyait dans
l'évêque un modèle, en fait sa seule source d'inquiétude était que
sa fille Dahut refusait tous les enseignements religieux. Aux
discours des prêtres, elle préférait ceux de l'Océan, avec qui
elle allait souvent dialoguer. Mais Gradlon aimait trop sa fille
pour lui en tenir rigueur, ce que Corentin ne manquait pas de lui
reprocher.
Le temps passant, Dahut devint une jeune femme incroyablement
belle, mais chaque jour plus insouciante, provocante et
orgueilleuse. Mais dans cette contrée devenue chrétienne, elle
s'ennuyait terriblement et avait de plus en plus la religion en
horreur. Un jour elle n'y tint plus, et elle demanda à son père
qu'il lui construisît sa cité à elle, une cité où nul prêtre ne
pourrait pénétrer et où seuls les plaisirs régneraient. Gradlon
résista d'abord, puis il faiblit, et malgré les avertissements de
Corentin, finit par céder. Il fit construire secrètement la cité,
à l'emplacement même où Dahut avait l'habitude d'aller jouer quand
elle était petite. Et un jour il emmena sa fille sur la grève de
son enfance, et celle-ci découvrit éberluée une magnifique cité
blanche, la plus belle qui pouvait se trouver de part le monde.
Ainsi naquit la ville d'Ys, où Gradlon et Dahut s'établirent
désormais.
Hélas, dans la cité les sept péchés capitaux régnaient en maître,
tout n'était que débauche. Les commerçants s'enrichissaient
honteusement en attaquant les navires marchands des autres
nations. Corentin s'en arrachait les cheveux, et fit pression sur
Gradlon pour qu'on y construisît au moins une cathédrale. Celui-ci
s'exécuta malgré la colère et les reproches de sa fille... Mais
las ! La plus grande cathédrale du royaume était aussi la plus
désertée. Et ce malgré les efforts de Saint Gwénolé, qui à force
de miracles ne parvint pourtant jamais à remplir la cathédrale
plus d'une journée. Il avertit que la patience de Dieu était à
bout, mais la population n'en avait cure. Il tenta de convaincre
Gradlon d'agir, mais avec l'âge le roi était devenu bien faible.
Cependant la notoriété de la cité s'étendait désormais à tous les
royaumes du continent, et chaque jour c'était nombre de princes et
de représentants qui arrivaient pour rendre leurs hommages à la
belle Dahut. Et celle-ci les recevait bien mieux qu'on ne se
l'imagine... Elle organisait chaque soir de grands banquets, puis
choisissait dans le lot un amant pour passer la nuit. Ses
serviteurs lui remettaient un masque pour que l'élu ne soit pas
reconnu quand il irait rejoindre la princesse. Or le masque était
ensorcelé, et l'aube pointant, il étranglait le malheureux qui le
portait. Alors un homme habillé en noir, aux ordres de Dahut,
allait jeter le corps au fond du gouffre du Huelgoat, en offrande
à la mer.
Or un soir, c'est un prince magnifique, grand, barbu, vêtu de
rouge et à l'oeil de feu, qui prétendait arriver des extrémités de
la Terre, qui arriva à la cour de la cité d'Ys. Il résista aux
attaques de la princesse, et tel est pris qui croyait prendre, ce
fut elle qui tomba irrémédiablement sous son charme. L'étranger
eut dès lors une très grande influence sur elle, et il ne fut plus
rien qu'elle ne fît sans son assentiment. Il était la perversité
incarnée, en qui Dahut avait trouvé son maître. Et la situation
dans Ys devint pire que jamais.
Il faut savoir que la ville d'Ys avait été bâtie contre les flots,
et ce qui empêchait que la mer s'y engouffrât et la submergeât,
c'était un ingénieux système d'écluses, que nul ne pouvait ouvrir
sans en posséder les clefs. Or les clefs, c'était Gradlon qui les
avait toujours autour de son cou... Et l'étranger réclama à Dahut
les clefs de la ville. Sous son emprise, celle-ci lui obéit et
alla les dérober à son père durant son sommeil. Alors l'étranger
se découvrit sous son vrai visage : celui du Diable. Avant que
Dahut n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, il disparut et
toutes les portes des écluses furent ouvertes, et dans un tulmute
effrayant l'Océan envahit la Cité.
Réveillé par Saint Gwénolé qui lui était venu en apparition,
Gradlon entreprit de se sauver. Il enjamba son cheval Morvac'h qui
partit au galop, guidé par le saint homme. Alors le roi aperçut sa
fille, qui l'appelait et l'implorait. Il avait toujours été un
(trop) bon père, aussi il la prit en croupe. Mais Morvac'h, qui
portait désormais sur lui le poids du Mal, s'en trouva ralentit,
et les flots gagnaient en distance. Saint Gwénolé ordonna au roi
de jeter le démon qui était assis derrière lui, mais il ne le
pouvait... C'était sa fille, quand même ! Alors Gwénolé la poussa
de sa crosse et Dahut bascula dans les flots pour y disparaître.
Alors l'Océan s'apaisa. Mais de la cité, il ne restait plus rien
de visible.
Toutefois, Dahut n'est pas morte pour autant. Elle est devenue
sirène et se nomme désormais Morgane. Quant aux habitants de la
cité, leurs âmes n'ont pu être sauvées, ils restent maudits et
condamnés à errer dans la ville sous-marine dévastée. Pour
qu'elles soient sauvées, il faut qu'un vivant accepte de descendre
dans la cathédrale engloutie et de répondre à la messe du prêtre
des revenants. Si un jour vous allez à Douarnenez, le jour de la
grande marée au mois de mars, regardez au large de la baie : quand
la mer sera au plus bas, vous verrez surgir hors des flots la
croix du clocher de la cathédrale, ultime vestige de la cité à
être encore visible une fois par an.
La légende de l'Ankou
Les anciens Celtes ne
craignent pas la mort puisque, pour eux, elle représente le
commencement d'une vie meilleure. Les Bretons christianisés
conçoivent la mort de la même façon, comme une chose simple,
naturelle. Mais de l'Ankou, ils ont peur...
Les nombreux ossuaires,
édifices, où s'entassent les ossements des défunts, témoignent
de la familiarité des Bretons par rapport à la mort : les
paroissiens méditent naturellement devant les crânes. Par
ailleurs, les âmes trépassées "an Anaon" ne sont jamais loin.
Autrefois, lors des
moments importants tels Noël ou surtout la Toussaint,
il était courant de laisser à leur intention dans la maison,
un bon feu, quelques crêpes. Cependant, la crainte des
Bretons apparaît à l'évocation de l'Ankou, en breton "Anken",
signifie chagrin, "Ankoun" oubli.
Maître de l'au-delà, l'Ankou
est omnipotent. Il est dépeint comme un squelette, parfois
drapé d'un linceul, tenant une faux emmanchée à l'envers. Des
représentations anciennes le montrent armé d'une flèche ou
d'une lance.
Mise en garde conte
l'oubli
L'Ankou circule la nuit,
debout sur un chariot dont les essieux grincent. Ce funèbre
convoi est le "karrig an Ankou", char de l'Ankou (ou "Karriguel
an Ankou" littéralement brouette de l'Ankou), remplacé par le
"Bag nez", bateau de nuit dans les régions du littoral.
Entendre grincer les roues du "Karrig an Ankou" ou croiser en
chemin le sinistre attelage sont des signes annonciateurs de
la mort d'un proche.
L'odeur de bougie, le
chant du coq la nuit, les bruits de clochettes sont également
interprétés comme des signes annonciateurs de mort.
L'implacable Ankou nous met en garde contre l'oubli de notre
fin dernière. Ces sentences sont gravées sur les murs
d'ossuaires ou églises : « Je vous tue tous" (Brasparts et La
Roche-Maurice), "Souviens-toi homme que tu es poussière" (La
Roche-Maurice) ou encore, inscrit en breton, "La mort, le
jugement, l'enfer froid : quand l'homme y pense, il doit
trembler" (La Martyre).
Le passeur
Le passeur de Saint Lunaire
D'après Anatole Le Braz...
Je ne suis pas né ici. Je
viens d'une région qui n'est pas celle de mes ancêtres, mais c'est
celle où je suis né, où j'ai vécu jusqu'à vingt cinq ans.
C'est une région où avant que n'existent voies express et routes
nationales, il n'y avait pas beaucoup de chemins droits. Parce que
sur une route droite, la misère, cette chienne jaune, peut te voir
de loin et décider de te sauter sur le dos.
C'est une région ou tu es mieux de ne pas labourer certains
champs, si tu ne veux pas qu'une trollée de Korrigans ne te
prennent pour victime, mécontents d'avoir été dérangés.
C'est une région où il ne pleut pas beaucoup, mais où, chez moi et
dans beaucoup d'autres places, existe le même dicton : regarde la
côte en face, de l'autre côté de la baie. Si tu vois la côte,
c'est qu'il va pleuvoir. Si tu ne la vois pas, c'est qu'il
pleut...
C'est une région où, si la nuit tu te retrouves dans un chemin
creux, et que tu entends une charrette grinçant terriblement qui
approche, tu es mieux de courir te cacher derrière la haie, et de
ne pas regarder. Car à ceux qui voient passer la charrette de l'Ankou,
il ne reste que bien peu de temps de vie pour le raconter.
C'est une région étrange, et qui l'était encore il y a peu de
temps.
C'est une région étrange, et qui l'est encore.
C'est la Bretagne.
C'est en Bretagne, sur la côte Nord, près de l'estuaire de la
Rance, où Saint Malo et Dinard s'observent et se surveillent, que
j'ai vécu cette histoire. Un soir de pluie et de déprime.
J'étais seul dans un bar de Saint Lunaire, près de Dinard. Ma
blonde venait de larguer ses amarres. Et moi par la même occasion.
Et il pleuvait. Autant vous dire que l'humeur était aussi sombre
que le ciel. Pour ne rien arranger, j'étais dans une petite ville
de bord de mer, hors-saison. Et je peux vous dire que (quand il y
pleut), même le célèbre désert de la Vallée de la mort en
Californie est plus vivant. Autant dire qu'il n'y avait rien à
faire, ou peu s'en faut. Le choix existentiel, c'était "dans
lequel des deux bars ouverts vais-je passer la soirée ? "...
J'ai entrepris de faire connaissance avec toute une famille de
bière, les sœurs défilant poliment les unes à la suite des autres.
Au bout d'une heure, presque deux, je me suis rendu compte que
dans ce coin du bar, je n'étais pas seul. De l'autre côté de la
petite salle, un vieil homme était attablé. Et comme moi il
faisait du social. Il a levé la tête, au moment où je le
découvrais, puis son verre. D'un geste circulaire, il m'a invité à
porter un toast... Ou à le rejoindre. J'ai réfléchi deux secondes,
et puis j'ai pris mon verre, l'ai levé, et me suis levé à
l'unisson. Je suis allé le rejoindre.
On a parlé, de choses et d'autres, avec une profondeur au moins
égale à celle de nos gosiers. Au bout d'une heure, nous étions
intimes. Au bout de deux heures, comme amis d'enfance. Il m'a
expliqué pourquoi il était là. Ce soir entre tous les soirs, était
l'anniversaire de la mort de son père. Et c'était aussi celui de
la mort de son grand-père. C'était enfin la date anniversaire d'un
événement encore plus vieux qui, survenu presque cent ans plus
tôt, était la cause de ces deux morts. Devant mon air passablement
surpris, il m'a raconté son histoire.
Il y a pas loin de cent ans, ma famille habitait déjà dans la
commune. Mon grand-père était passeur, comme son père l'avait été,
et son grand-père avant lui. Il était passeur sur la Rance. Toi tu
n'as pas connu ce temps, ou le pont barrage n'existait pas. Avant
que les hommes ne domptent la marée pour la forcer à travailler,
comme une esclave ou une bête de somme, à produire de
l'électricité. En ce temps là, il fallait, pour aller de Dinard à
Saint Malo, faire un détour de 5 lieues, ou utiliser les services
du passeur. De mon grand-père.
Vous vous doutez bien que le passeur, même si c'était son métier,
n'allait pas passer sa vie, de jour et de nuit, qu'il pleuve ou
qu'il vente, sur le bord de la rivière, à attendre qu'un voyageur
arrive et veuille passer. Non, mon grand-père, dont la demeure
était située juste au sommet de la colline qui surplombe la Rance
à cet endroit, attendait la cloche. Les cloches en fait.. Sur
chaque rive, une grosse cloche était installée tout près du bord
de la rivière. Et quand le marchand, l'agriculteur ou le marin
voulaient traverser, c'est de ces cloches qu'ils sonnaient le
passeur. Mon grand-père ne mettait que quelques minutes à
descendre les passer. Et tout au long de l'année, il mettait un
point d'honneur à répondre au plus vite à l'appel, quel que soit
le jour, quelle que soit l'heure.
Un jour, un jour d'automne où il pleuvait depuis le matin comme
vache qui pisse, où le vent sculptait en sifflant les pins en
crête d'iroquois. Un jour passé à regarder le ciel repeindre la
campagne et la mer à grands traits de pluie rageurs. Un jour à ne
pas mettre un chrétien dehors. Un jour à ne pas travailler. Un
trois novembre. Ma grand-mère venait d'appeler mon grand-père et
son fils, mon père, ägé de sept ans, pour le souper. Ils
s'attablaient tous les trois, quand la cloche a retentit. Mon
grand-père s'est aussitôt levé, ignorant les suppliques de ma
grand-mère lui enjoignant de ne pas aller risquer sa santé pour
des gens assez fous pour être dehors par un temps pareil. Je vous
l'ai dit, son métier c'était sa vie, sa religion. C'était pécher
que ne pas répondre à l'appel. Il est sorti. Mon père se rappelait
que la soirée avait été longue pour sa mère et lui, à attendre le
retour de mon grand-père.
Finalement, alors que ma grand-mère commençait à se tordre les
mains tout en récitant son chapelet, mon grand-père a poussé la
porte. Il a laissé sa femme lui ôter ses vêtements trempés, le
frictionner d'une serviette puis lui servir un bol de soupe. Il
n'a quasiment pas dit un mot. A travers ses cheveux collés par la
pluie et le sel, ses yeux étaient étranges, comme s'ils fixaient
quelque image invisible aux autres, au milieu des flammes de la
cheminée. Quand ma grand-mère lui a demandé qui il avait passé, il
a d'abord grommelé quelques mots inaudibles. Mais elle a insisté,
alors il lui a répondu que c'était des marins qui venaient de
débarquer à Saint Malo, et qui rentraient chez eux en permission,
dans le pays de Saint Lunaire. Devant son air étrange, ma
grand-mère n'a pas insisté, et ils sont tous allé se coucher.
Le lendemain, mon grand-père était malade. Gravement. La pneumonie
qu'il avait attrapé cette nuit là a bien failli l'emporter.
Pendant des jours et des jours, il est resté alité, délirant, dans
sa chambre où on ne laissait pas son fils, mon père, entrer. Ma
grand-mère passait à son chevet tout le temps où elle ne le
remplaçait pas, à passer les voyageurs. Finalement, il a guéri, et
a pu reprendre son travail. Mais ce n'était plus le même homme.
Alors qu'il avait été un père idéal, aimant, jouant autant qu'il
le pouvait avec son fils, lui faisant découvrir la rivière et la
mer, il devint sombre, renfermé, comme cachant une douleur
inguérissable en s'isolant dans son silence. Et la vie est passée.
Quinze ans plus tard, mon père a été appelé au chevet de mon
grand-père. Il a quitté Saint Malo où il terminait sa formation de
marin, est rentré aussi vite qu'il l'a pu chez ses parents. Son
père était alité, mourant. Quand il s'est retrouvé seul avec lui,
mon grand-père a dit à son fils qu'il voulait, pendant qu'il en
était encore temps, lui raconter ce qui s'était passé le trois
novembre, quinze années plus tôt. Il voulait le lui raconter, pour
qu'il comprenne, et pour qu'il l'excuse de ne pas avoir été le
père qu'il aurait aimé être. Celui qu'il était avant cette soirée
d'il y a quinze ans, et qui avait disparu ce soir-là.
"Quand je suis descendu ce trois novembre pour passer ceux qui
m'avaient appelés, je ne sais si tu t'en souviens, mais le temps
était terrible. Il pleuvait comme si les vannes du ciel s'étaient
ouvertes en grand, et le vent soufflait en hurlant depuis le nord.
Quand je suis arrivé sur la berge, je distinguais à peine l'autre
rive. J'ai traversé la Rance, péniblement, luttant contre le
courant qui voulait m'entraîner vers le large. Quand j'ai enfin
touché l'autre berge, j'ai distingué plus de trente hommes,
groupés derrière Yannick Corbin. Un gars de Saint-Lunaire. Je
savais qu'il était premier maître sur le "Fou de Bassan ", un
bateau de pêche en haute mer. J'ai accosté, et je lui ai demandé
ce que lui et ses hommes faisaient à cette heure, et par un temps
pareil. Il m'a répondu qu'ils venaient d'arriver à Saint Malo, que
la permission était courte, et qu'ils avaient tous häte de
retrouver leurs familles. J'ai répondu que c'était bien
compréhensible, mais que je ne pouvais embarquer plus de douze
passagers, et qu'il faudrait donc à certains patienter encore
avant de pouvoir le faire. Il m'a dit qu'il n'en était pas
question, et ils se sont tous mis à avancer, en direction de mon
bateau. J'ai tenté de les arrêter, de leur dire qu'ils allaient
nous faire chavirer. Yannick Corbin s'est arrêté en face de moi,
et pendant que ses hommes commençaient à embarquer devant et
derrière moi, il m'a dit "Ne t'inquiète pas. Tout le monde va
trouver sa place et ton bateau nous mènera sur l'autre rive ". Les
hommes embarquaient toujours, et j'ai tenté de les empêcher. Mais
je me suis rendu compte que je ne pouvais rien contre eux. Quand
je tentais de les saisir, ils m'échappaient comme une fumée. J'ai
senti la terreur me glacer le dos, et j'ai entendu Yannick Corbin,
derrière moi, me donner l'ordre - sur le ton le plus impérieux -
de traverser la rivière. Claquant des dents autant de froid que de
peur, je lui ai obéi. Je ne sais pas combien de temps a duré la
traversée, mais j'ai souvent vécu des journées entières qui m'ont
parues moins longues. J'ai enfin fini par toucher la rive, et les
hommes sont descendus, s'évanouissant au fur et à mesure comme des
ombres sur le sentier obscur. Le dernier à descendre a été Yannick
Corbin. Il a sauté à terre souplement, sans bruit. Puis il s'est
retourné. Il m'a souri, m'a dit "Merci. Au nom de l'équipage du
"Fou de Bassan ", merci de t'être déplacé pour nous cette nuit.
Sans toi, nous n'aurions pas pu passer " Puis il s'est détourné et
a lui aussi disparu dans la nuit noire. J'ai pris pas loin d'une
demi-heure avant d'être capable à mon tour de débarquer. Quand je
suis arrivé, je n'ai pas osé dire à ma femme - à ta mère - le nom
du bateau dont je venais de passer l'équipage. Le lendemain matin,
alors que la fièvre m'avait déjà retenu dans ses filets, ta mère
est allée au village, chercher un médecin. Quand elle est revenue,
elle m'a dit qu'il ne tarderait pas. Et elle a ajouté que c'était
un bien triste jour pour le village, car elle venait d'apprendre
que le "Fou de Bassan " avait fait naufrage la nuit précédente, se
brisant sur les rochers à quelques encablures de l'entrée du port
de Saint-Malo, et que tout son équipage sans exception s'était
noyé. Du mousse au premier Maître Yannick Corbin, les trente-deux
hommes de Saint Lunaire qui servaient sur ce navire avaient tous
péris. C'est quand j'ai entendu cela que la fièvre m'a emporté. Et
quand elle a fini par me ramener, je n'étais plus le même
homme..."
Quand mon grand-père a eu fini son récit, mon père est resté
silencieux à son côté. Puis il lui a pris la main, et l'a gardé
dans la sienne, toute la nuit. Au petit matin, mon grand-père est
mort. C'était un trois novembre. "
Après un moment, je lui ai dit que c'était une histoire belle et
terrible qui était arrivée à son grand-père. Mais que je ne
comprenais toujours pas sa phrase initiale, sur le lien entre le
naufrage et la mort de son père. Il m'a regardé avec un air
fatigué, et m'a dit ceci.
Je pense que c'est toute la bière que tu as ingurgitée qui
t'empêche de te rappeler ce que j'ai dit. Je t'ai parlé
d'anniversaires. Mon grand-père a connu cette terrible expérience
un trois novembre. Et il est mort le trois novembre aussi, quinze
ans plus tard, après avoir tout raconté à mon père. Mon père est
mort, lui aussi. Il y a vingt ans. Quand il a senti la fin
approcher, il m'a à son tour raconté l'histoire. Et le lendemain
matin, il est mort. C'était le trois novembre. Voilà la date à
laquelle je bois, ce soir. A ces trois novembre qui ont marqué ma
famille. Et je les fête comme on fête un dieu jaloux et vengeur.
Ce soir, on est le deux novembre. Je suis vieux, j'ai peur, et je
bois. Boiras-tu avec moi ?
Je suis resté toute la nuit avec lui. A boire et à parler. Ce
trois novembre là n'était pas le sien. On s'est séparés au petit
matin, et on ne s'est jamais revu.
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